Perturbateurs endocriniens : en parler pour mieux comprendre

Apparu dans les années 90, le terme de « perturbateurs endocriniens » désigne un des nombreux mécanismes d’actions des substances chimiques qui concernent une interférence avec le système hormonal du corps humain. Aujourd’hui, sa définition et le périmètre des substances qu’il recouvre font débat.

Échange avec Jean-François Narbonne, Toxicologue, Professeur honoraire de l’Université de Bordeaux, ancien Expert auprès de l’Agence nationale de sécurité sanitaire (ANSES) et du Conseil de l’Europe, Expert auprès des tribunaux.

Comment définir simplement un perturbateur endocrinien ?

Un perturbateur endocrinien n’est pas un produit ou une substance à part, contrairement à ce que l’on pense. Il s’agit d’un mécanisme d’actions parmi d’autres qualifiant la façon dont certaines substances chimiques (naturelles ou artificielles) interfèrent avec le fonctionnement de nos hormones. Les perturbations induites peuvent être mineures et sans effet sur la santé, ou plus importantes et être à l’origine de pathologies. Certaines de ces pathologies (cancers, effets sur la reproduction) sont déjà prises en compte dans les études de toxicologie actuelles.

Bon à savoir

Le système endocrinien regroupe les organes qui sécrètent des hormones : thyroïde, ovaires, testicules, hypophyse… C’est un système complexe car soumis à de nombreuses interactions d’origine endogène (interne au corps humain) ou exogène (externe au corps humain). Ainsi, notre mode de vie, notre régime alimentaire, notre pratique d'un exercice physique agissent sur notre système endocrinien.

Bon à savoir

Le système endocrinien regroupe les organes qui sécrètent des hormones : thyroïde, ovaires, testicules, hypophyse… C’est un système complexe car soumis à de nombreuses interactions d’origine endogène (interne au corps humain) ou exogène (externe au corps humain). Ainsi, notre mode de vie, notre régime alimentaire, notre pratique d'un exercice physique agissent sur notre système endocrinien.

Œstrogènes :

Les œstrogènes sont des hormones naturellement secrétées par le corps.

Pourquoi, aujourd’hui, cela fait débat ?

Parce que science et politique se mélangent. La forte pression exercée par certaines associations et leurs relais parlementaires a pour motivation de s’attaquer à certaines classes de substances comme les pesticides ou les biocides pour atteindre les grands groupes qui les produisent. Dans ce cadre, le terme de « perturbateur endocrinien » est utilisé comme « vecteur de peur » en remplacement du terme « cancérogène ».

Le flou dans la définition des perturbateurs endocriniens renforce le pouvoir anxiogène, surtout associé aux termes « cocktail » ou « faibles doses ». Or, les effets des substances chimiques sur le fonctionnement hormonal sont connus depuis les années 60 pour certaines substances. La question actuelle est de pouvoir intégrer dans les protocoles d’évaluation réglementaires les évolutions permanentes des connaissances sur les processus toxiques, en particulier ceux qui concernent les effets long terme ou différés. 

Phyto-œstrogènes :

Ce sont des substances naturellement présentes dans les plantes (soja, noix…) dont la structure chimique est très proche de certaines hormones chez la femme.

De plus, il existe une certaine confusion, dans l’esprit du public, qui associe souvent substance naturelle et absence de toxicité. Par exemple, parmi les substances qui ont un potentiel ostrogénique*, les plus fortes sont les phyto-œstrogènes* (en particulier ceux du soja) dont l’exposition alimentaire mesurée par l’ANSES est 2 fois supérieure à celle des pesticides et 60 fois à celle du bisphénol A. Pourtant, ces substances ne sont pas réglementées, alors que les tests montrent que la substitution partielle des matières animales par des protéines de soja entraîne une très forte élévation du potentiel « perturbateur endocrinien » des préparations. L’ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) avait d’ailleurs recommandé l’étiquetage de la quantité de phyto-œstrogènes dans les préparations végétales.

Comment gérer le risque inhérent à certaines substances à potentiel « perturbateur endocrinien » dans notre environnement ?

Avec la création des agences sanitaires et de l’InVS (Institut de veille sanitaire), les moyens mis à disposition des évaluateurs de risques sont dorénavant significatifs. Si les produits les plus dangereux et les plus présents dans l’environnement ont été écartés au fur et à mesure des études, les tests réglementaires ne peuvent cependant prévoir tous les impacts sur la santé et l’environnement. Il faut ainsi renforcer les évaluations et les études à plusieurs niveaux :

* Bio-essai / bio-surveillance :

« Bio » essai, « bio » surveillance ou encore « bio » marqueur, ce terme qualifie toute méthode scientifique sur le vivant : tissus, cellules, plantes… Cela permet de déterminer l’activité biologique d’une substance, d’une hormone ou d’un médicalement.

  • Par des tests toxicologiques tenant mieux compte des fenêtres d’exposition sensibles,
  • En développant les mesures du potentiel perturbateur endocrinien par des bio-essais*,
  • En étendant la bio-surveillance* via des marqueurs qui permettent de mieux relier exposition, effets par quantification de doses d’exposition et connaissance des effets cumulés.

D'un point de vue réglementaire, nous préconisons de classer les perturbateurs endocriniens selon les systèmes de classement des cancérogènes (avérés, probables, possibles, suspectés) via un organisme dédié comme le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer).

Chiffres & repères

L’ANSES

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail assure des missions de veille, d’expertise, de recherche et de référence sur un large champ couvrant la santé humaine, la santé et le bien-être animal ainsi que la santé végétale. L’Agence évalue ainsi l’ensemble des risques (chimiques, biologiques, physiques...) auxquels un individu peut être exposé, volontairement ou non, à tous les âges et moments de sa vie, qu’il s’agisse d’expositions au travail, pendant ses transports, ses loisirs, ou via son alimentation.

2002

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) énonce la définition suivante pour les perturbateurs endocriniens : « les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants ». Cette définition a notamment fait l’objet de débats récents au niveau européen.

10 SUR 500

Via l’activité du centre de recherche de Sophia Antipolis consacrée à la toxicologie des herbicides, fongicides et insecticides, Bayer France développe des produits respectueux de la santé et de l’environnement. À travers un processus reposant sur 3 étapes clés (screening, profil toxicologique, études explicatives), ses équipes de chercheurs veillent à assurer une sécurité maximale aux nouveaux produits développés. Chaque année, sur quelques 500 molécules testées, seules une dizaine sont retenues pour passer en pré-développement et en développement.

Chiffres & repères

L’ANSES

L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail assure des missions de veille, d’expertise, de recherche et de référence sur un large champ couvrant la santé humaine, la santé et le bien-être animal ainsi que la santé végétale. L’Agence évalue ainsi l’ensemble des risques (chimiques, biologiques, physiques...) auxquels un individu peut être exposé, volontairement ou non, à tous les âges et moments de sa vie, qu’il s’agisse d’expositions au travail, pendant ses transports, ses loisirs, ou via son alimentation.

2002

L’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) énonce la définition suivante pour les perturbateurs endocriniens : « les perturbateurs endocriniens sont des substances chimiques d’origine naturelle ou artificielle étrangères à l’organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants ». Cette définition a notamment fait l’objet de débats récents au niveau européen.

10 SUR 500

Via l’activité du centre de recherche de Sophia Antipolis consacrée à la toxicologie des herbicides, fongicides et insecticides, Bayer France développe des produits respectueux de la santé et de l’environnement. À travers un processus reposant sur 3 étapes clés (screening, profil toxicologique, études explicatives), ses équipes de chercheurs veillent à assurer une sécurité maximale aux nouveaux produits développés. Chaque année, sur quelques 500 molécules testées, seules une dizaine sont retenues pour passer en pré-développement et en développement.

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