Les agrumes, impuissants face à la maladie du dragon jaune ?

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La maladie bactérienne du dragon jaune menace la production mondiale d’agrumes. Pour l’heure, aucun traitement ne semble efficace. Un défi pour les chercheurs universitaires et industriels qui allient leurs forces pour trouver des solutions afin d’endiguer le phénomène.

La maladie du dragon jaune, serial killer d’agrumes

Alors que de premiers cas ont été détectés dans la péninsule arabique, l’inquiétude commence à monter chez les producteurs d’agrumes français et de l’ensemble du bassin méditerranéen. En cause ? La maladie du dragon jaune, apparue en Asie au début du XXe siècle. Depuis, elle n’a cessé de progresser.

S’installant d’abord en Afrique du Sud, elle se propage ensuite au continent américain, pour atteindre la Floride en 2005, contaminant en moins de 15 ans 100 % des vergers de cet État, champion de la production d’oranges aux États-Unis. Le Texas est désormais touché ainsi que l’ensemble des Caraïbes – dont la Guadeloupe depuis 2013.

Le coupable ? Le psylle, minuscule insecte, vecteur d’une bactérie, le Liberibacter candidatus. Celle-ci provoque le jaunissement des feuilles, puis la déformation des fruits, avant de faire mourir les arbres à petit feu, du fait du rétrécissement de leur système vasculaire.

Les ravages du dragon jaune en Floride

Le saviez-vous ?

La maladie du dragon jaune est aussi appelée « HLB » en raison de son nom chinois Huanglongbing ou encore « Citrus greening », à cause du verdissement des agrumes.

Face à la maladie du dragon jaune, l’impuissance des producteurs d’agrumes

Les produits phytosanitaires s’avèrent peu efficaces. Parallèlement, la possibilité de mettre au point des antibiotiques à injecter dans le tronc n’est pas privilégiée afin de ne pas créer de résistance, ni d’interférence avec des solutions pour la santé humaine. 

Quels traitements curatifs ou préventifs sont alors envisageables ? Des recherches sont en cours pour créer de nouvelles variétés d’agrumes tolérantes. Une solution issue de la biotechnologie est explorée au Texas, tandis qu’une variété hybride avec un système vasculaire hypertrophié est à l’étude en Guadeloupe. Mais la durée des recherches répond difficilement à l’urgence de la situation.

Combiner les approches pour espérer endiguer la maladie

La Citrus Research and Development Foundation (CRDF) installée en Floride a décidé d’accélérer la recherche, soutenue par les deux principaux acheteurs d’agrumes de cet état : Coca-Cola et Pepsi Co. Pour les accompagner, ils font appel en 2015 aux experts de la protection des plantes.

Le défi est majeur. Conscients des limites des réponses traditionnelles, ces experts font le choix de la combinaison de deux approches :

  • L’une curative, avec une solution de bio-contrôle (substances naturelles), pilotée par des équipes américaines de West Sacramento. Celles-ci criblent les librairies de souches bactériennes, essentiellement issues du sol, pour identifier celles qui pourraient être en mesure de tuer la bactérie responsable du dragon jaune,
  • L’autre préventive, avec des recherches sur un vaccin, menées par des équipes françaises de Lyon, qui travaillent à identifier les molécules chimiques capables de stimuler le système immunitaire des orangers. 

Les experts consultés misent également sur un autre aspect pour apporter une réponse efficace au problème : les innovations conçues devront impérativement s’adapter aux spécificités et aux usages des agriculteurs concernés. À ce titre, un aspect essentiel est à prendre en compte pour le cas de la Floride : les terrains étant marécageux, le traitement au sol est inenvisageable. En revanche, une injection dans le tronc ou une application foliaire pourrait convenir malgré le risque de développer des résistances.

Les contours d’un nouveau paradigme pour la protection des plantes

Avec ce cas de la maladie du dragon jaune, les contours d’un nouveau modèle pour la protection des plantes se dessine. L’utilisation de produits phytosanitaires se voit limitée, des voies alternatives aux réponses traditionnelles sont explorées et il en résulte des approches combinatoires qui associent, dans ce cas précis, bio-contrôle et vaccin. Si la réussite de ce projet réside d’une part dans la coopération entre les acteurs publics et les industriels, l’accompagnement des agriculteurs sur le terrain pour apporter une réponse adéquate et de précision est tout aussi important.

La maladie du dragon jaune est un exemple frappant des enjeux de l’agriculture. Et garantir aux consommateurs l’accès à des denrées de qualité, en quantité suffisante, à des prix abordables impose bien souvent de relever le défi de l’innovation.
Rencontre avec Thomas Knobloch

Rencontre avec Thomas Knobloch, Responsable de laboratoire chez Bayer à Lyon, dont l’équipe travaille à la conception d’un nouveau vaccin contre la maladie du dragon jaune.

En quoi la recherche sur la maladie du dragon jaune est-elle un défi pour Bayer ?

L’urgence de la situation en Floride et la complexité de la maladie sont les principaux challenges. Afin d’augmenter les chances de succès, nous élaborons simultanément plusieurs solutions, à Lyon au centre de recherche de la Dargoire (CRLD) et à West Scramento, et de manière coordonnée. À cela s’ajoute le fait que nous devons nous réinventer et réinventer les outils et les processus de recherche afin de cibler les bactérioses, et notamment HLB. Mais c’est aussi pour cela que la CRDF a fait appel à Bayer. Il savait que nous avions cette capacité à innover.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Le timing est serré. Ce partenariat avec la CRDF est prévu initialement sur trois ans – avec possibilité de le renouveler éventuellement deux ans. Nous redoublons donc d’efforts. Nous avons recruté six personnes à Lyon pour étoffer les équipes en biologie, biochimie et chimie, et nous avons même créé un laboratoire de chimie dédié à la coopération. Après un an de travail, nos premiers résultats de vaccin sont très encourageants et tout à fait positifs concernant la sécurité humaine et environnementale. C’est en effet un point très important que nous abordons très en amont.

Quelles autres perspectives ouvrez-vous en travaillant sur cette maladie ?

À terme, au-delà de la culture des orangers, nos recherches pourront très certainement ouvrir des voies pour d’autres bactérioses comme le xylella, la maladie de l’olivier qui touche l’Italie et la Corse. Dans tous les cas, notre objectif, à terme, est de pérenniser et développer le savoir-faire spécifique acquis avec cette mission pour le bénéfice des producteurs et des consommateurs.

Rencontre avec Thomas Knobloch, Responsable de laboratoire chez Bayer à Lyon, dont l’équipe travaille à la conception d’un nouveau vaccin contre la maladie du dragon jaune.

En quoi la recherche sur la maladie du dragon jaune est-elle un défi pour Bayer ?

L’urgence de la situation en Floride et la complexité de la maladie sont les principaux challenges. Afin d’augmenter les chances de succès, nous élaborons simultanément plusieurs solutions, à Lyon au centre de recherche de la Dargoire (CRLD) et à West Scramento, et de manière coordonnée. À cela s’ajoute le fait que nous devons nous réinventer et réinventer les outils et les processus de recherche afin de cibler les bactérioses, et notamment HLB. Mais c’est aussi pour cela que la CRDF a fait appel à Bayer. Il savait que nous avions cette capacité à innover.

Où en êtes-vous aujourd’hui ?

Le timing est serré. Ce partenariat avec la CRDF est prévu initialement sur trois ans – avec possibilité de le renouveler éventuellement deux ans. Nous redoublons donc d’efforts. Nous avons recruté six personnes à Lyon pour étoffer les équipes en biologie, biochimie et chimie, et nous avons même créé un laboratoire de chimie dédié à la coopération. Après un an de travail, nos premiers résultats de vaccin sont très encourageants et tout à fait positifs concernant la sécurité humaine et environnementale. C’est en effet un point très important que nous abordons très en amont.

Quelles autres perspectives ouvrez-vous en travaillant sur cette maladie ?

À terme, au-delà de la culture des orangers, nos recherches pourront très certainement ouvrir des voies pour d’autres bactérioses comme le xylella, la maladie de l’olivier qui touche l’Italie et la Corse. Dans tous les cas, notre objectif, à terme, est de pérenniser et développer le savoir-faire spécifique acquis avec cette mission pour le bénéfice des producteurs et des consommateurs.

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