Communiquer la complexité : le dialogue entre la science et la société

Communiquer la complexité : le dialogue entre la science et la société

Nous croulons sous les informations, mais il est de plus en plus dur de savoir que croire, à qui faire confiance... Quel impact cela a-t-il sur notre perception de la science ?

À quoi vous fait penser le concept de science ?

S’agit-il d’une force du bien qui contribue à améliorer nos vies ? Ou d’un outil mal utilisé au profit d’intérêts égoïstes ? Ou bien les deux ?

La science peut être complexe et réfléchie, mais elle peut également nous émouvoir. Elle est fondamentale dans nos vies, elle contribue à dessiner notre avenir, mais elle reste souvent mal comprise, sujette aux erreurs, voire mal utilisée.

Nous vivons à une époque où nous sommes bombardés d’une telle masse d’informations par des sources si diverses qu’il est difficile de faire la part des choses entre les différents points de vue. Qui sont les experts ? Quelles sont les sources fiables ?

Les scientifiques doivent parfois lutter pour se faire entendre dans cette cacophonie. À l’ère des grandes innovations, un désamour de la science est-il à craindre ?

Lorsque j’entends que les experts ou les chercheurs ont perdu la confiance du grand public, je n’y crois pas. C’est une vision erronée.

Fiona Fox
PDG du Science Media Centre


La science du point de vue de la société

Le travail des scientifiques est en majeure partie considéré comme bénéfique. Il est faux de croire que la société perd sa foi en la science, que nous avons de plus en plus de mal à faire confiance aux experts. Selon le Pew Research Center (NDLT : centre de recherche américain qui fournit des statistiques et des informations sociales sous forme de démographie, sondage d’opinion, analyse de contenu), la confiance du grand public envers la science reste stable depuis les années 70, puisque 91 % des Américains expriment une certaine confiance en la communauté scientifique.

« Lorsque j’entends que les experts ou les chercheurs ont perdu la confiance du grand public, je n’y crois pas. C’est une vision erronée. Certains sujets font débat, explique Fiona Fox (PDG du Science Media Centre), comme l’expérimentation animale dans la recherche ou la question de la surmédicalisation de la société. Ce sont des débats tout à fait légitimes. »

Ce sont généralement ces sujets controversés qui engendrent le plus de scepticisme scientifique. Les questions telles que le changement climatique, les OGM et les vaccins peuvent provoquer des opinions bien arrêtées, opposées au discours scientifique dominant. On peut l’expliquer par une méconnaissance du sujet, par la prévalence des émotions sur les faits, mais ce n’est pas tout.

Selon le Dr Marta Entradas, lauréate de la bourse Marie Curie, Département des sciences psychologiques et comportementales à la London School of Economics : « Comme le montrent dix années d’études, le savoir n’est en aucun cas le facteur prépondérant qui conduit un individu à accepter ou rejeter la technologie scientifique. Nous devons comprendre que les opinions s’appuient sur les valeurs, les idéologies et les préférences de chacun. Ces facteurs influencent la manière dont nous nous comportons, et notre attitude vis-à-vis de la science. »


Internet et l’opinion

L’essor fulgurant d’Internet, des smartphones et des réseaux sociaux a eu un effet considérable sur notre perception de la science et de l’autorité scientifique. Cette avancée facilite plus que jamais l’accès aux connaissances scientifiques, tout en créant un univers où l’information est omniprésente et où chacun peut se déclarer expert.

La plupart d’entre nous n’est pas formée pour évaluer la validité des informations que nous lisons. À bien des égards, nous ne le souhaitons pas. Foncièrement, nous voulons confirmer nos points de vue établis et n’entendre que ce que nous souhaitons entendre.

D’après le Dr Arthur Lupia, Professeur de science politique (chaire Hal R. Varian) à l’Université du Michigan : « Nous savons aujourd’hui que, pour traiter des informations nouvelles, l’humain utilise d’abord ses émotions, puis ses capacités intellectuelles. Ce concept, appelé « raisonnement motivé », explique pourquoi nous adorons les articles qui nous disent ce que nous savons déjà et pourquoi nous nous plaignons de ceux qui critiquent nos croyances. Nous avons toujours traité les informations de cette manière. Internet ne fait qu’exacerber cet état de fait. »

En tant qu’universitaires et scientifiques, nous avons la responsabilité sociale de dialoguer avec le grand public. De rapprocher la science des gens.

Dr Marta Entradas
lauréate de la bourse Marie Curie, Département des sciences psychologiques et comportementales à la London School of Economics

Transmettre la complexité

Alors, comment la communauté scientifique peut-elle améliorer sa communication avec le grand public, dans ce contexte de médias de masse, de mèmes et de désinformation ?

Le dialogue est essentiel.

« Nous devons trouver de meilleurs outils de dialogue avec le public, ne pas nous contenter de diffuser des informations scientifiques, comme nous le faisons depuis toujours. Nous devons nous mobiliser et chercher à comprendre l’attitude du public vis-à-vis de la science. En tant qu’universitaires et scientifiques, nous avons la responsabilité sociale de dialoguer avec le grand public. De rapprocher la science des gens », insiste Marta Entradas.

Cela implique de relier le travail scientifique aux principales préoccupations des individus, d’utiliser de multiples outils de communication, et particulièrement les réseaux sociaux, de participer activement aux conversations actuelles.

Selon Fiona Fox, « les scientifiques devraient s’impliquer dans les débats, écouter les préoccupations des gens, puis trouver des solutions. Cette démarche fera toute la différence ».

Comme l’a dit Louis Pasteur, pionnier français de la biologie et de la chimie : « La science ne connaît pas de pays, parce que la connaissance appartient à l’humanité, et elle est la torche qui illumine le monde. » En renforçant le dialogue avec le grand public, les scientifiques contribueront à la transmission de cette torche.

 

Le monde change et nous devons trouver maintenant des solutions pour préserver notre santé, notre alimentation et notre planète. Parce que mieux vivre, c'est possible !

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