Agriculture et biotechnologies

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De la sélection variétale à l’ingénierie génétique, l'utilisation des biotechnologies en agriculture a profondément changé les modes de culture et la production de notre alimentation. Face aux enjeux qu'elle représente, cette révolution ne se cantonne pas dans les laboratoires et les champs, mais elle implique plus largement la société dans son ensemble. D'un pays à l'autre, l'acceptation par le public varie sensiblement.

Un champ d’application très vaste

Les biotechnologies regroupent des procédés de transformation faisant intervenir des organismes vivants ou des produits issus du vivant (bactéries, cellules, enzymes...). Leurs applications les plus anciennes datent de l'Antiquité : en 4 000 avant JC, les Égyptiens utilisaient déjà la levure pour faire lever le pain.

Aujourd'hui, grâce aux progrès de la science, les biotechnologies modernes ont considérablement élargi leur potentiel d'applications dans l'industrie, l'agriculture et la santé : traitement de l'eau, production de semences adaptées à diverses contraintes, fabrication de médicaments, etc.

En agriculture, les biotechnologies sont un outil essentiel pour la sélection des semences. Dès la fin du XIXe siècle, les découvertes sur l'hérédité ont permis de d'améliorer les croisements entre espèces et conduit aux premières variétés hybrides.

Puis ce fut la révolution génétique de la seconde moitié du XXe siècle et la naissance des OGM (organismes génétiquement modifiés).

Mais les biotechnologies végétales modernes ne se limitent pas aux OGM. Elles sont également utilisées dans le cadre des croisements "classiques" (sélection assistée par marqueurs, par exemple).

 

OGM : une situation mondiale contrastée

Un OGM est obtenu par l’introduction d'un ou plusieurs gènes provenant d'un autre organisme vivant. On peut ainsi obtenir des variétés plus productives, résistantes à un insecte, à une maladie, ou améliorées d'un point de vue qualitatif : coton aux fibres plus longues, riz enrichi en vitamines...

La culture des OGM a démarré au milieu des années 1990 pour atteindre 185,1 millions d'hectares dans le monde en 2016, essentiellement avec 4 cultures : soja, maïs, coton et colza.

En 2016, 5 pays représentent plus de 90 % de la surface en OGM : les Etats-Unis, le Brésil, l’Argentine, le Canada et l’Inde. L'Europe, où le débat public est vif sur ce sujet, en totalise moins de 1 %. Quant à la France, elle ne cultive plus d'OGM depuis 2008 (hormis en laboratoire) par décision gouvernementale.

 

Interrogations et contestation

Les défenseurs des OGM ne manquent pas d'arguments. Ainsi, les variétés résistantes aux insectes ou aux maladies permettent de réduire l'usage de produits phytosanitaires, donc de réduire la pression sur l'environnement. Autre exemple, le développement de variétés adaptées à des climats secs ou à des sols salins peut contribuer à augmenter la production dans des pays défavorisés et donc à améliorer leur sécurité alimentaire.

Pourtant, le public a du mal à y voir clair dans ces innovations complexes et en France, c'est la défiance qui domine

D'où les questions qui reviennent très souvent : les OGM sont-ils mauvais pour la santé et l’environnement ? Les semences doivent-elles être rachetées chaque année ? Si oui, les OGM ne mettent-ils pas en péril l'équilibre agricole des pays en développement ? N'y a-t-il pas un danger à vouloir domestiquer la nature ? Autant de questions qui méritent d'être considérées d’un point de vue rationnel et scientifique, mais aussi éthique.

 

Dialoguer et poursuivre la recherche

En matière de santé, toutes les études menées depuis 20 ans confirment l'innocuité des OGM : ce sont les aliments les plus testés du marché ! Côté environnement, ils ne semblent ne pas entraîner de risques nouveaux par rapport aux pratiques agricoles actuelles.

Et pour ce qui est de la nécessité d'acheter les semences chaque année, c'est déjà le cas avec les variétés hybrides depuis près d'un siècle.

Il n'en reste pas moins qu'un vrai dialogue doit s'instaurer sur les enjeux des OGM entre acteurs scientifiques, politiques, industriels et représentants de la société civile. D'autant que certaines promesses faites à propos des biotechnologies n'ont pas été tenues : bénéfices surestimés, délais de mise sur le marché sous-estimés... Le temps est venu d'une vraie médiation et de montrer concrètement la voie des innovations à venir.

Les conflits et débats houleux des vingt dernières années sur les biotechnologies et les OGM n'ont pas été stériles : ils ont ouvert des discussions, fait apparaître des positions diverses et ont confirmé les enjeux que soulèvent cette technologie.