L’agriculture française et l’eau

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À l'origine de conflits entre pays, de difficultés politiques régionales et de crises entre usagers, l'eau douce est un enjeu planétaire crucial pour le XXIe siècle : pollution, assèchement de nappes phréatiques, épuisement de grands fleuves... En France comme ailleurs, l'agriculture se retrouve au cœur de ces problématiques.

À la faveur d'une prise de conscience générale et de nouveaux cadres réglementaires, les pratiques agricoles évoluent pour assurer une meilleure préservation de la ressource en eau.

Économiser la ressource en eau

L'eau est indispensable à la croissance des plantes. En cas de sécheresse, les agriculteurs qui en ont la possibilité irriguent leurs cultures. L’irrigation a connu une forte croissance en France à partir des années 70 mais depuis 1995, le niveau des surfaces irriguées s'est stabilisé. Et bien que l'activité agricole soit la plus grosse utilisatrice d'eau en France, sa consommation a baissé de 5 % entre 1991 et 2001 tandis qu'elle augmenté de 2% en moyenne dans les pays de l'OCDE (source OCDE).
 
Depuis le début des années 90, diverses avancées législatives et réglementaires ont bâti un cadre pour une meilleure gestion de l'eau en agriculture, dans une optique de préservation des réserves aquatiques : loi sur l'eau en 1992, directive cadre européenne en 2000... Chaque bassin hydrographique adopte désormais des règles précises sur l'utilisation de l'eau, en particulier pour les usages agricoles.

 

Limiter les risques de pollution

Outre sa consommation d'eau, l'activité agricole doit aussi faire face aux risques de pollution des eaux souterraines ou de surface. En cause : l'utilisation excessive ou inappropriée des fertilisants et produits de protection des plantes. Dans certaines régions comme la Bretagne, les rejets d'effluents animaux sont également concernés.
 
Pour ce qui est des fertilisants, la règle aujourd'hui est de doser leur apport pour éviter les excédents (en particulier de nitrates et phosphates) qui pourraient migrer vers les eaux souterraines ou les cours d'eau. Il s'agit d'apporter le strict nécessaire en tenant compte à la fois de la composition du sol et des besoins de la plante tout au long de son cycle de vie. L'établissement de plans de fertilisation précis fait partie de l'enseignement agricole.
 
Côté produits phytosanitaires, là aussi, les pratiques évoluent vers une protection raisonnée des plantes. Alors que se sont récemment déroulé les ateliers du chantier 2 des États Généraux de l’Alimentation, et face aux attentes fortes de la société sur le sujet de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires, la Fédération Nationale des Syndicats d'Exploitants Agricoles (FNSEA) et une trentaine d’organisations agricoles unies pour prendre ce sujet à bras le corps ont présenté leur démarche collective de progrès, et notamment comment réduire l’usage de produits phytosanitaires à la stricte nécessité.

 

Éviter le ruissellement

Le ruissellement est un autre volet de la problématique de l'eau en agriculture. En cas de fortes précipitations, il entraîne l'érosion du sol et le départ des éléments fertiles, avec pour conséquence des pertes de rendement, voire la migration d'éléments polluants à l'extérieur de la parcelle. Poussé à l'extrême, le ruissellement peut aboutir à une imperméabilisation des sols, elle-même source d'amplification des phénomènes d'inondation.
 
Pour lutter contre le ruissellement, les agriculteurs adaptent leurs techniques culturales, par exemple en installant des cultures intermédiaires pour couvrir le sol en hiver ou en réalisant de petits aménagements pour retenir l'eau (fossés, talus...).
 
Préserver la quantité et la qualité de la ressource en eau potable est un enjeu crucial l'agriculture, accentué par la perspective du réchauffement climatique. Au-delà des mesures à court terme, la recherche agronomique travaille sur la mise au point de variétés végétales plus économes en eau et plus respectueuses de la ressource. Elle planche aussi sur l'intégration à grande échelle de plantes légumineuses (pois, luzernes...) qui enrichissent naturellement le sol en azote.