Santé intime des femmes : brisons les tabous !

Même si l’idée de parler de votre intimité vous met mal à l’aise, ne pas consulter un médecin peut avoir des conséquences.

 

En tant que femme, souffrir d’irritations intimes, d’odeurs intimes dérangeantes, de démangeaisons intimes ou de pertes vaginales anormales est souvent un sujet tabou et il est possible que vous n’ayez pas envie d’en parler à quiconque.

 

Vous ne ferez peut-être rien, espérant que cela passe tout seul. Ou bien vous en parlerez finalement avec un(e) proche, voire googliserez vos symptômes à la recherche de solutions auxquelles vous essaierez d’avoir accès sans passer par un professionnel de santé.

 

En vous préoccupant de ce que pourraient penser les autres, vous ne faites en réalité que prolonger vos souffrances, ce qui risque d’avoir un impact sur votre amour-propre et vos relations. En outre, retarder le traitement ou poser un autodiagnostic erroné peut avoir un impact direct sur votre santé.

 

Les maladies cachées derrière ces symptômes courants que sont des odeurs intimes dérangeantes, des démangeaisons intimes ou des pertes vaginales anormales sont fréquentes et souvent aisées à traiter.

 

Que ce soit une mycose vulvovaginale généralement bien identifiée par les femmes et pour laquelle les démangeaisons sont une des motivations pour se traiter, ou bien une vaginose bactérienne, pathologie moins bien connue du grand public mais au moins aussi fréquente1 et classiquement associée à des odeurs intimes dérangeantes, il est nécessaire de traiter sans délai.

 

La vaginose bactérienne peut avoir des conséquences dommageables en l’absence de traitement. En effet, les études épidémiologiques ont souligné l’impact de la vaginose bactérienne non traitée sur le risque de fausse-couche, de travail prématuré, d’accouchement prématuré et de complications infectieuses du post-partum. De plus, selon les chercheurs la vaginose bactérienne augmente le risque d’infection par le VIH (virus du sida) ainsi que celui d’autres infections sexuellement transmissibles comme celles liées au chlamydia ou au gonocoque. Ces dernières peuvent à leur tour entraîner une maladie inflammatoire pelvienne, parfois responsable d’infertilité2.

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1 femme sur 5 associe les cancers gynécologiques à la promiscuité sexuelle.

La honte associée aux cancers gynécologiques

« Bien que de nombreuses femmes soient plus ouvertes aux discussions relatives au cancer du sein (qu’elles s’inquiètent de la présence d’une boule dans le sein ou soient réellement touchées par la maladie), rares sont celles qui abordent le sujet des cancers gynécologiques, c’est-à-dire des cancers de l’utérus, de l’ovaire, du col de l’utérus, de la vulve et du vagin ».

 

Selon une étude menée par The Eve Appeal, association caritative pour la recherche sur le cancer gynécologique au Royaume-Uni, 1 femme sur 5 associe les cancers gynécologiques à la promiscuité sexuelle et 34% seraient plus à l’aise pour parler de leurs problèmes de santé intime si la honte associée à la santé gynécologique et à la sexualité était moins prégnante.

 

« Ce sentiment de honte empêche les femmes de bénéficier de consultations qui pourraient leur sauver la vie ; 1/4 des participantes affirmaient qu’elles hésitaient à parler à leur médecin généraliste de leurs problèmes gynécologiques parce qu’elles se refusaient à parler de leur sexualité » indique le rapport.

 

Ces cancers gynécologiques (excluant le cancer du sein, que l’on retrouve aussi dans la population masculine) représenteraient un peu plus de 17 000 nouveaux cas diagnostiqués en 2018 en France métropolitaine, soit environ 4.5% de l’ensemble des cancers (hommes et femmes confondus). Ils ne sont donc pas rares3 et bénéficient des progrès récents dans le traitement des cancers.

 

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Parlons-en

Parler de la santé intime des femmes est essentiel pour venir à bout de ce sentiment de honte. Plus les femmes en sauront sur leur santé et leur corps, mieux cela sera. Des femmes mieux informées ont plus de chance d’améliorer leur hygiène intime, de consulter la bonne personne ou de se procurer les bons médicaments en pharmacie avec l’aide de leur professionnel de santé.

 

Cette approche paraît largement acceptée sur notre planète – ainsi Paul Giraldo, professeur titulaire de gynécologie à l’Université d’Etat de Campinas (Brésil), note : « Parler de leur santé intime aiderait les femmes à comprendre la physiologie normale de leur appareil génital. Cela leur permettrait de savoir ce qui est normal et ce qui est une maladie. Cette compréhension pourrait les inciter à consulter un médecin, voire à améliorer leur hygiène intime. Si elles ne parlent pas de leur santé intime, il y aura toujours des erreurs d’interprétation des symptômes. » 

 

« Honte, malaise et préjugés, il est facile de comprendre pourquoi tant de femmes hésitent à parler de leur santé intime. Mais ce refus de parler peut avoir des conséquences. Il est temps de laisser de côté les jugements et d’entamer le dialogue. Brisons les tabous ! »

 

L.FR.COM.CC.06.2020.2770

 

  1. Kenyon C.R. et al.   Recent progress in understanding the epidemiology of bacterial vaginosis. Curr Opin Obstet Gynecol. 2014, 26:448–454.

  2. Paavonen J. et al. Bacterial Vaginosis and Desquamative Inflammatory Vaginitis. N Engl J Med. 2018; 379:2246-2254.

  3. Defossez G. et al. Estimations nationales de l’incidence et de la mortalité par cancer en France métropolitaine entre 1990 et 2018. Étude à partir des registres des cancers du réseau Francim. Volume 1 - Tumeurs solides. Juillet 2019. http://lesdonnees.e-cancer.fr/Themes/epidemiologie/ (consulté le 7 juillet 2020).