[Dossier Cancer] L’entreprise : un nouvel acteur dans l’accompagnement

30% des malades exercent une activité professionnelle au moment du diagnostic1. Et parce que les cancers touchent des patients parfois jeunes, insérés dans la vie professionnelle, l’entreprise prend aussi, de plus en plus, sa part dans l’accompagnement des malades. De l’annonce du diagnostic à la gestion de l’absence et jusqu’à la préparation du retour, l’attitude de l’employeur est clé pour permettre au patient de se soigner sereinement.

 

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Des employeurs à sensibiliser face à la maladie

Le rôle d’accompagnateur du salarié malade est récent et encore mal maîtrisé par les entreprises, qu’elles soient grandes ou petites. C’est le constat établi par Nathalie Vallet-Renart, qui intervient au sein de l’association Entreprise et cancer - structure destinée à favoriser le maintien et le retour au travail des personnes touchées par un cancer - en tant que formatrice et coach. En 2010, elle est elle-même touchée par la maladie : « Neuf mois après mon retour, j’ai dû quitter mon travail. Un malentendu bloquait la communication. » De cette mésaventure, elle en a fait une force. En échangeant avec des DRH, elle réalise que face à ces cas de plus en plus fréquents, le corps social des entreprises reste à sensibiliser.

 

Maintenir le lien avec l’entreprise

Aujourd’hui, Nathalie accompagne une vingtaine de patients par an. Son enjeu ? Faire en sorte que la maladie soit prise en considération le plus tôt possible. Or, dès l’arrêt de travail, la relation entre l’employeur et le collaborateur est légalement suspendue. Doit-on tout de même entrer en contact au risque de se montrer intrusif ? Et pour dire quoi ?

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On commence à peine à sortir du tabou du cancer, mais la maladie garde une représentation sociale très négative. Cela reste difficile d’en parler… Mais il est important de mettre un mot sur la maladie et de garder un lien, même ténu, tout au long du parcours de soin.
Nathalie Vallet-Renart
,
Intervenante au sein de l’association Entreprise et cancer

Le retour au travail : une étape à ne pas négliger

Le retour au travail, même bien anticipé, reste une période qui peut être vécue difficilement en fonction des situations. Le décalage entre les attentes et la réalité peut même être parfois violent, comme l’analyse Nathalie : « De temps en temps, la volonté de revenir, de retrouver son poste, est plus forte que les capacités réelles. Les effets secondaires de certains traitements perdurent et peuvent entrainer des difficultés (mémorisation, concentration…). La fatigue physique peut également être présente. Plusieurs questions se posent : est-il raisonnable de reprendre immédiatement son travail à temps plein ? Faut-il prévoir des adaptations, sous forme de télétravail ou d’un transport adapté ? Tout cela doit se discuter et s’évaluer. Car le

Toute l’importance d’un dialogue ouvert entre l’entreprise et la personne est là, pour clarifier les besoins, attentes et capacités, au bénéfice de tous.
Nathalie Vallet-Renart
,
Intervenante au sein de l’association Entreprise et cancer

//// Les conseils de Nathalie Vallet-Renart, intervenante pour l'association Entreprise et cancer

 

Que faut-il garder en tête, de l’annonce à la période de traitement jusqu’au retour dans l’entreprise ?

Temps 1 : l’annonce

Nathalie Vallet-Renart, intervenante pour l'association Entreprise et cancer : « Côté patient, une fois que l’on a pris le temps d’accueillir le diagnostic et les émotions qu’il génère, il faut se poser la question de l’annonce à son employeur. À qui en parle-t-on ? Pour dire quoi ? Légalement, l’entreprise n’a pas à connaître le motif d’un arrêt de travail. Mais je recommande aux patients de partager une information, même minimale, pour ne pas laisser s’installer les rumeurs, les fantasmes et les interprétations. »

 

Temps 2 : l’absence

« Autre point important pour les patients : se poser la question de son avenir professionnel. Le cancer représente en effet une rupture de trajectoire biographique : il y a un avant et un après. Ça ne veut pas dire que l’après est radicalement différent. Mais la maladie permet de faire un « arrêt sur image » et peut occasionner un remaniement identitaire et professionnel. Le temps du traitement peut être l’occasion de se réinterroger, grâce à un bilan de compétence ou de la formation, si elle est compatible avec les soins. Pendant le temps de l’absence, on peut aussi demander une visite de pré-reprise à son employeur. Discuter avec le médecin du travail peut aider à mettre en place un temps partiel thérapeutique, facilitateur de la reprise d'activité. »

 

Temps 3 : le retour

« Retrouver sa place rapidement au sein de l’entreprise est très souvent une volonté des anciens malades. Mais cette reprise doit être facilitée et accompagnée pour chaque individu en fonction de chaque entreprise. Il existe des moyens simples pour mettre en place des aménagements – souvent temporaires jusqu’à la pleine guérison. Par exemple, l’administration française a mis en place des dispositifs utiles dans le cadre de la reprise d’activité via la procédure RQTH (Reconnaissance de Qualité du Travailleur Handicapé). Obtenue pour un temps limité, elle permet de financer des solutions qui font gagner en confort au quotidien. Il ne faut pas hésiter à étudier cette possibilité avec son responsable des ressources humaines, le référent mission handicap ou le médecin du travail. »

 

1Institut national du cancer : La vie cinq ans après un diagnostic de cancer, étude INCa, juin 2018 - http://www.senologie.com/wp-content/uploads/2018/06/La_vie_cinq_ans_apres_un_diagnostic_de_cancer_rapport_mel_20180625.pdf

 

 

PP-UN-ONC-FR-0023-1