Agriculture et nature : une relation ambivalente

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L’agriculture se pratique pour l’essentiel en dehors des zones urbaines, au cœur de la nature à laquelle elle est de fait étroitement liée. Mais leurs relations sont ambigües. D’un côté, l’agriculture exerce une pression sur elle pour en tirer les meilleures productions végétales ou animales possibles, indispensables à la vie humaine ; de l’autre, elle entretient cette même nature, évitant qu’elle ne retourne en friche, dans une perspective d’aménagement du territoire. Cette ambivalence est source de nombreux débats qui prennent une importance croissante avec la montée en puissance des préoccupations environnementales.

Des liens très forts

Parce qu’ils vivent et travaillent à la campagne, parce que le cœur de leur activité est lié aux plantes et aux animaux, les agriculteurs entretiennent des liens très forts avec la nature. Ils cultivent la terre (productions végétales), ils élèvent du bétail, ils utilisent la forêt pour de multiples usages. Leur activité s’étend au-delà de l’aspect strictement productif : certains agriculteurs développent l’agro tourisme, d’autres ouvrent des fermes pédagogiques. Tous jouent un rôle important dans l’entretien des paysages. Dans les zones d’exode rural, lorsque les terres agricoles abandonnées retournent en friche, les chemins deviennent impraticables, les risques d’incendie augmentent, le paysage se dégrade…

Les paysages agricoles français sont très variés. Ici, un paysage “ouvert” de culture et d’élevage, là une alternance de pâturages et de cultures, ailleurs une agriculture de montagne parsemée de zones semi-naturelles... Cette diversité constitue le terroir français où chacun trouve son compte, des promeneurs aux agriculteurs en passant par les chasseurs et les habitants.

 

Utiliser la nature sans la dégrader

Depuis les années 1950, de nombreux pays ont intensifié leur agriculture et l’augmentation de la production agricole et des rendements a accentué la pression sur l’environnement. Aujourd’hui, la prise de conscience est générale aussi bien dans la société civile que dans le monde agricole : l’agriculture doit évoluer dans ses pratiques pour un meilleur respect de l’environnement.

En France, le bilan est contrasté sur les 20 dernières années. L’utilisation des produits de protection des cultures a diminué : la dose moyenne de substances actives utilisées par hectare lors d’une application est passée de 1,3 kg par hectare pour protéger le blé contre les mauvaises herbes à moins de 300 g. C’est une bonne nouvelle pour les ressources en eau, en particulier les nappes phréatiques. Mais certaines zones restent toujours confrontées à des problèmes environnementaux comme la pollution des eaux par les nitrates issus des fertilisants, ou l’érosion des sols. L’irrigation intensive peut également être une menace pour les écosystèmes aquatiques et le développement d’une monoculture dans une région peut nuire à la biodiversité. A l’inverse, les émissions de gaz à effet de serre d’origine agricole ont diminué et les énergies renouvelables produites à partir de la biomasse agricole ont augmenté.

L’évolution vers une agriculture plus respectueuse du milieu naturel est favorisée par le renforcement des réglementations française et européenne : directives de l’UE sur les nitrates, les oiseaux, les habitats, les plans Ecophyto, les COP et plus récemment les Etats Généraux de l’Alimentation. Les agriculteurs savent qu’ils sont en première ligne d’un effort collectif qui concerne l’ensemble de la société.

 

Un modèle agricole raisonné

Comment trouver le point d’équilibre entre productivité agricole et préservation de la nature ? La question est complexe, elle concerne les agriculteurs, bien sûr, mais aussi les chercheurs, les décideurs politiques, les associations de protection de l’environnement, les acteurs économiques et les citoyens.

L’agriculture raisonnée constitue un premier pas en ce sens. Encadrée par l’État, elle vise entre autres à limiter l’utilisation de produits chimiques en répondant aux besoins spécifiques de chaque culture aux différents stades de son développement. L’agriculture biologique ouvre également des pistes mais ne permettra pas de nourrir 10 milliards de personnes en 2050. Enfin, certains courants comme l’agriculture de conservation essaient de “faire différemment” et pas simplement de “faire mieux”.

 

Dans tous les cas, l’apport de la recherche agricole est capital pour inventer un nouvel âge des rapports entre agriculture et nature.